Cher François-Xavier Bellamy,

Nous avions fini par nous assoupir. Nous avions fini par nous habituer à voir les héritiers du RPR continuer à fonctionner avec des logiciels des années 80 en rabâchant les mêmes poncifs comme au temps où il fallait s’attirer les bonnes grâces d’Anne Sinclair pour passer le mur du son télévisuel, à nous faire prendre les remarques de bon sens pour un manifeste des Croix de Feu. On se surprenait à ne plus s’intéresser vraiment aux élections. À considérer la droite classique comme une réminiscence, l’effluve d’un parfum qui ne se fait plus.

C’est dire que cette campagne – la vôtre – a été une rafraîchissante surprise. Oh certes, les figures imposées (comme le soutien mécanique et inconditionnel à une guerre en Ukraine alors qu’il serait dans l’intérêt de tous de lastopper au plus vite) nous gênent aux entournures, mais les figures libres furent brillantes, certaines sorties ne manquaient pas de panache, et quelques saillies trahissaient un courage certain. Il était plaisant de vous voir allier une véritable aptitude au débat, assumer des rapprochements évidents, tout en veillant scrupuleusement à garder et à protéger ce qui aurait été l’identité propre de ce que vous appelez candidement votre famille politique. 

Aurait été… car depuis lundi matin, le psychodrame et les ridicules rodomontades des uns, les déclarations martiales surjouées des autres, les cartes sont pathétiquement rebattues. 

Avant de revenir sur la situation – autant dire l’existence, la survie – de votre parti, disons un mot sur celle du pays et de son nouveau spectre politique, car il y a bien un important glissement de terrain. L’analyse banale faisait état de trois blocs : gauche radicale, centre de la modération et des Lumières, droite radicale. Sous l’effet des événements internationaux et d’une campagne où beaucoup à l’inverse de vous se sont comportés comme des pyromanes avec leurs déclarations de guerre civile, si nous avons bien à la sortie de ces élections européennes trois blocs, il semble judicieux de les rebaptiser : 

À gauche, un bloc insurrectionnel, autour d’un parti scélérat – LFI – aux dirigeants tous plus infâmes les uns que les autres, manipulant les masses sans scrupules, et revitalisant toutes les haines recuites de ce beau pays de France. Ce bloc est à la fois une honte et un danger pour la République, malgré les tentatives grossières de son leader postillonnant, ce Beria du Jura subventionné depuis toujours, de l’annexer à son exclusif profit. 

Au centre, un bloc bourgeois, cette catégorie sociale d’abord et avant tout proche de sa fiche d’impôts, des charges sur ses entreprises, et qui part encore aux sports d’hiver et à la mer en été. Cette France, auquel le chauffeur UBER de l’Elyséedonne par capillarité l’impression qu’elle forme une élite, elle se veut raisonnable, modérée, elle recherche le statu-quo, parce que pour elle, ça va encore plutôt bien, et que tout changement de cap est vécu comme une prise de risque pour ses petites affaires. Alors oui, ça va mal pour la France, mais quelle importance, on part à Tenerife cet été…

Enfin à droite, un bloc national-populiste, fait de militants sincères de la droite en ayant eu marre de voir leurs idées travesties, de militants sincères de la gauche ulcérés de voir leurs intérêts matériels trahis, de patrons qui ne voient plus d’issue dans la tempête fiscale qui s’abat sur eux, d’employés et d’ouvriers qui ne supportent plus de travailler dur sans pour autant pouvoir faire face à l’essentiel, tous chevillés par ce mal-être communicatif, dans un pays qui ne se ressemble plus, qui ne se respecte plus, qui ne se défend plus, défiguré et handicapé par une immigration de masse, une immigration de colonisation, qui ne veut pas plus du vivre ensemble que les palestiniens ne veulent d’une solution à deux Etats, mais avance plus ou moins voilée vers la transformation en profondeur de ce pays aux quinze siècles d’histoire judéo-chrétienne.

Et LR dans tout ça alors ? C’est bien parce que ce parti ne rentre ni tout à fait dans la deuxième ni dans la troisième catégorie que l’intérêt de sa survie se pose encore. Si elle reste fidèle à ses principes de base, la droite gaulliste et populaire conserve une raison d’être. Une droite qui assume la doctrine sociale de l’église, une droite qui défend la nation, ce bien imprescriptible des plus pauvres, une droite de l’initiative individuelle et privée, une droite de l’éloge de l’effort, une droite garante du respect dans les écoles, de l’ordre dans la rue, de l’autorité de l’Etat. Une droite qui s’assume, qui reste ambitieuse dans ses intentions, vigoureuse dans ses actions, et responsable dans ses réflexions. Bref, une droite de gouvernement. D’un gouvernement qui considère tous les français, et non qui les montent les uns contre les autres. Une droite, pour ne pas être dans le deuxième groupe. De gouvernement pour ne pas être dans le troisième. Et pour mettre au pas les agitateurs protéiformes du premier.

Que LR au lendemain d’un tel aggiornamento fasse 8%, 4,7%, ou 3%, peu importe. Vraiment. Tous ces scores sont de toute façon dérisoires par rapport à la profondeur historique de ce courant de pensée. Et ce n’est pas parce que quelques politicards locaux, barons de sous-préfecture, constituent encore le syndic de copropriété de la France rurale et, pour les plus serviles, s’isolent au Sénat deux jours par semaine dans une ambiance très René Coty, qu’il faille se mentir sur la réalité de la situation. Il faudrait un miracle pour que LR survive à cette séquence surréaliste.

Car les trois ans qui nous séparent de l’élection présidentielle – mère de toutes les batailles politiques – vont être extrêmement longs pour un parti qui va être soumis aux forces centrifuges poussant ses élus tantôt à gauche vers des horizons nouveaux balisés par un Edouard Philippe aussi vide sur le fond qu’excellent sur la forme, tantôt à droite vers un Jordan Bardella qui a de toute façon, avant même que le résultat en soit connu, d’ores et déjà gagné ces élections législatives. 

Cher François-Xavier Bellamy, le miracle de cette survie, il ne peut passer que par vous. Pour cela il faudra évidemment en passer par la persistance de la démonstration de vos qualités personnelles, mélange de pédagogie et de compétence, et de fidélité à vos convictions. Mais il vous faudra aussi faire preuve de davantage de courage et de cohérence : que signifie la fidélité à sa famille quand ladite famille trompe tout le monde, ne défend plus la famille, se vend au plus offrant, et s’éparpille façon puzzle aux quatre coins du champ politique ? Défendre LR, oui, bien sûr, tant que cela a un sens. Vous aurez n’en doutons pas le talent de lui en donner. Mais – et c’est peut-être le point le plus important dans l’immédiat – soyez intraitables avec ceux qui ont dégouté les français de ce parti, de ceux qui ont fusionné, affadi, les différents courants de la droite française, qui ont coopéré à la dissolution de sa souveraineté dans la communion à un projet européen totalement dévoyé, qui prennent leurs ordres ailleurs qu’auprès de leurs électeurs et défendent des intérêts différents de ceux de leur pays. Débarrassez-vous, débarrassez-nous de cette génération de politiciens qui ressurgissent depuis 48 heures de leur néant abyssal pour nous donner des leçons de morale, de tous ces fossoyeurs de la droite qui, non contents de l’avoir tuée, veulent maintenant nous faire porter son cercueil.

Ces conditions sont cumulatives. Il les faudra toutes. Si certaines sont au-dessus de vos forces, vous n’avez rien à dire, vos amis politiques, coutumiers du fait, vous montreront lesmille et une façons de glisser sur l’aile, achevant de faire de vous un albatros de la politique française.

Mais si vous en avez le courage, alors prenez les rênes, sortez de votre légitimisme inapproprié et surtout désormais infondé, et si vous avez besoin d’aide, de renouveau, si vous êtres vraiment prêt à mettre un grand coup de balai dans cette vitrine rance, alors dîtes-le : vous serez surpris des soutiens et des forces que vous allez libérer, d’ici au grand rendez-vous de 2027…

Patricl LANCIER

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